La croisade personnelle de Jiang Zemin

Pourquoi le Chef du Parti communiste s’est opposé au Falun Gong et comment la campagne anti-Falun Gong est devenue son objectif politique principal.

 « Les efforts de Jiang pour faire taire les critiques quant à sa façon de traiter le Falun Gong et d’empêcher le soutien à cette pratique dans d’autres pays occupe une grande place dans son agenda de politique étrangère. En fait, ce sujet domine son agenda sous de nombreux aspects. »
Dr. Shiyu Zhou, professeur à l’université de Rutgers

« Jiang a mobilisé un mouvement de masse de type Mao contre [ le Falun Gong. ] Cependant, la critique la plus grave formulée sur la façon dont Jiang traite le Falun Gong est qu’il semble employer ce mouvement de masse pour réclamer l’allégeance à lui-même. »
Extrait d’un article de juillet 2000 par l’analyste de CNN pour la Chine, Willy Wo Lap Lam.

Remerciements

Nous souhaitons remercier Amnesty International, le Comité pour la protection des journalistes, Ian Johnson du Wall Street Journal et beaucoup d’autres dont le travail a été utile pour révéler la nature vraie du régime autoritaire de Jiang Zemin, et les effets dévastateurs que ceci a sur les pratiquants de Falun Gong ainsi que sur tous les chinois.

Nous souhaitons également remercier les volontaires du Centre d’Informations de Falun Dafa de Washington DC, New York, Chicago, Seattle, San Francisco, Los Angeles et d’autres villes pour avoir offert de leur temps, de leur diligence et de leur soin pour la réalisation de ce rapport. Surtout, nous présentons nos respects les plus profonds à ceux qui en Chine font face à l’emprisonnement, à la torture et même à la mort. Continuez à faire appel pacifiquement pour les libertés d’expression, d’assemblée et de croyance en Chine. Les informations présentées dans ce rapport ont été recueillies par une équipe de chercheurs du Centre d’Information du Falun Dafa. Quelques extraits ont été pris d’articles publiés par le Wall Street journal, le Washington Post, CNN, et le New York Times.

Auteurs du Rapport:
M. Tao Wang, Washington DC
M. Levi Browde, New York
M. Jason Loftus, Toronto, Canada

Editeurs du Rapport
Dr. Shiyu Zhou, Philadelphie
M. Stephen Gregory, Chicago

Traduction en français
Centre d’Information du Falun Dafa en France

Information de base

  • Qu’est-ce que le Falun Gong?

Le Falun Gong (également appelé Falun Dafa) est une forme antique de qigong, une pratique pour raffiner le corps et l’esprit par des exercices et la méditation. Beaucoup appellent le qigong « yoga chinois ». Comme le taichi et le yoga, le qigong est une partie essentielle de la vie de beaucoup de gens en Asie; presque chaque parc chinois est rempli dès l’aube de personnes pratiquant cet art.

Pourtant Falun Dafa est différent de la plupart des autres pratiques de qigong, parce qu’il dépasse la recherche de santé et de forme physique pour viser à la sagesse et au retour à la nature originelle, l’altruisme. Au cœur de la pratique sont trois principes: Vérité, compassion, et patience. En combinant l’étude des livres de Falun Dafa et la pratique des exercices, les pratiquants tâchent de devenir de meilleures personnes en appliquant ces principes dans tout ce qu’ils font.

  • L’évolution de Falun Dafa

Falun Dafa a été présenté au public en mai 1992, quand M. Li Hongzhi a donné sa première conférence dans la ville de Changchun, en Chine. Il a ensuite voyagé avec plusieurs élèves à l’Exposition Orientale pour la Santé, à Beijing, où le Falun Dafa a gagné plusieurs récompenses, incitant les organisateurs à inviter M. Li Hongzhi à donner plusieurs conférences sur les principes de Falun Dafa.

Pendant les deux années et demie qui ont suivi, M. Li Hongzhi a donné des conférences sur invitation dans presque chaque grande ville de Chine, donnant au total 45 séries de conférences. Toute l’instruction à ce moment-là était supervisée par l’organisation gouvernementale du qigong, la Société Chinoise de Recherches Scientifiques sur le Qigong.

Bien que M. Li Hongzhi ait donné sa dernière série de conférences dès la fin de 1994, la pratique a continué de s’accroître de 1995 à 1999 à une vitesse exceptionnelle. Pendant ces années, la pratique a été transmise par mot de bouche et toujours gratuitement, des volontaires coordonnant les sites de pratique.

Depuis 1995, M. Li Hongzhi a voyagé autour du monde pour participer aux conférences sur Falun Dafa et discuter de la pratique avec ses élèves. Toutes les conférences ont été libres et ouvertes au grand public. En 1999, Falun Dafa était pratiqué dans plus de 40 pays [1].

  • La persécution de Falun Dafa en Chine

Beaucoup de dirigeants chinois, y compris le premier ministre Zhu Rongji et le directeur de la Commission des sports, M. Wu Shaozu, avaient applaudi les bienfaits de santé que la pratique apportait à la nation.[2] Le chef du Parti communiste, Jiang Zemin, a cependant développé une crainte face à un si grand nombre de personnes et, croyant que la nature paisible du Falun Gong en faisait une cible facile, l’a interdit en 1999. Échouant dans son plan d’ « éradiquer le Falun Gong en trois mois » [3], Jiang a intensifié la campagne de propagande pour tourner l’opinion publique contre cette pratique tout en emprisonnant, torturant et même assassinant ceux qui la pratiquent.

Les experts dans le domaine de la Chine pointent du doigt la campagne systématique de Jiang contre le Falun Gong, indiquant qu’elle cache également un motif secret: Le 9 février 2001, un article de l’analyste  principal pour la Chine de CNN, Willy Wo Lap Lam, citait un des vétérans du Parti communiste chinois comme ayant déclaré, « En mobilisant un mouvement de masse de type Mao [contre le Falun Gong.], Jiang force les cadres aînés à faire gage d’allégeance à sa ligne… cela va amplifier l’autorité de Jiang »

En dépeignant le Falun Gong comme ennemi de l’Etat, Jiang espère mobiliser la nation dans une lutte avec lui à la barre, et consolider de ce fait sa puissance.

En date du 14 octobre 2002, le Centre d’Information du Falun Dafa a confirmé 493 décès [4] depuis que la persécution du Falun Gong en Chine a commencé en 1999. En octobre 2001, des sources internes au gouvernement chinois signalaient que le chiffre réel des morts était de bien plus que 1.600. Or, en octobre 2001, le total des morts confirmées était de 323. Si le chiffre réel de mort évolue de la même manière que le chiffre confirmé, nous nous attendrions alors à ce que le véritable chiffre aujourd’hui dépasse les 2.500. En raison des difficultés extrêmes pour découvrir et vérifier les informations venant de Chine liées à ces décès, même ce chiffre plus élevé est probablement en dessous du chiffre véritable des décès.

Par exemple, en mars cette année la police de plusieurs provinces a placé la ville de Changchun quasiment en état de siège pendant plusieurs semaines. Les résidents locaux ont rapporté que des douzaines, voire une centaine de pratiquants de Falun Gong ont été tués. Mais dans ce chaos, peu d’informations détaillées sur ces décès ont pu être recueillies par le Centre d’Information du Falun Dafa.

  • Intensifier la campagne Outre-mer

Peu après que Jiang Zemin ait commencé à persécuter le Falun Gong en Chine, la communauté internationale a réagi, condamnant ces actions. Le 18 Novembre 1999, le congrès des Etats-Unis a adopté une résolution commune (Chambre et Sénat), condamnant la persécution. Ian Johnson, du Wall Street Journal, a à la même époque commencé à écrire une série d’articles exposant les atrocités commises contre ceux qui pratiquent le Falun Gong en Chine, qui lui ont plus tard valu le prix Pulitzer du reportage international. Des gouverneurs, des maires et des conseillers d’état ont commencé à publier des proclamations appui et d’encouragement destinés à ceux qui pratiquent et/ou soutiennent le Falun Gong.

Cette réponse de la communauté internationale exerçait une forte pression sur Jiang pour qu’il mette un terme à sa campagne anti-Falun Gong. Il a cependant répondu en publiant une directive: « Intensifier la campagne outre-mer. » [5] Ainsi, les ambassades et les consulats chinois autour du monde ont commencé à augmenter leurs efforts en dehors de la Chine pour faire taire les soutiens au Falun Gong, pour perturber les activités de Falun Gong, voire même pour essayer de les faire interdire. Pendant les trois dernières années, les fonctionnaires chinois des ambassades et des consulats ont travaillé à la calomnie et à la persécution du Falun Gong dans différents pays autour du monde.

Jiang Zemin souhaite à l’évidence faire taire toute critique sur la façon dont il traite le Falun Gong. Il souhaite également garder le contrôle absolu de ce que les citoyens chinois entendent et voient au sujet du Falun Gong. La plupart des Chinois ne savent que ce que les médias gérés par l’Etat disent. Néanmoins, plus les soutiens reçus par le Falun Gong outre-mer sont nombreux, plus il devient difficile de les cacher au peuple chinois.

Résumé

« Jiang a mobilisé un mouvement de masse de type Mao contre [ le Falun Gong. ] Cependant, la critique la plus grave formulée sur la façon dont Jiang traite le Falun Gong est qu’il semble employer ce mouvement de masse pour réclamer l’allégeance à lui-même. »
Extrait d’un article de juillet 2000 par l’analyste de CNN pour la Chine, Willy Wo Lap Lam.

  • Qui est Jiang Zemin ?

Jiang Zemin est arrivé au pouvoir à la faveur du massacre de la place Tiananmen. La ligne dure dans le parti communiste avaient été impressionnée par sa bonne volonté à s’aligner avec le Parti, et l’ont donc nommé au plus haut poste de la nation le 24 juin 1989.
Pendant sa présidence, Jiang a mis en application un système – donner des avantages économiques somptueux à ses défenseurs potentiels afin de se consolider une base de puissance dans le Parti. Comme Jiang a continué à distribuer des richesses et des avantages à son cercle d’influence, cependant, beaucoup des problèmes de la nation ont été laissés en suspens.

  • Pourquoi Jiang persécute-t-il Le Falun Gong ?

Jiang a pensé que la diffusion massive du Falun Gong dans tout le pays dans le seconde moitié des années 1990 était une menace, mais en même temps une bonne occasion pour lui. Le Falun Gong était une menace, a-t-il senti, parce qu’il y avait tant de personnes le pratiquant, et parce que le Falun Gong est enraciné dans la culture et les valeurs traditionnelles chinoises, quelque chose que le parti communiste a passé des années à essayer de supprimer du pays.

Cependant, pour Jiang, le Falun Gong a également été une occasion.
Avec les problèmes endémiques de corruption, de chômage et de pauvreté, la pression publique sur Jiang augmentait. Ainsi, utiliser les forces de la nation pour une campagne politique contre un « ennemi public » pouvait non seulement détourner l’attention de Jiang, mais également fournir toutes les conditions nécessaires pour exiger que ses rivaux s’alignent à lui, consolidant de ce fait sa puissance dans le Parti.

Ainsi, le soir du 20 juillet 1999, Jiang a lancé dans tout le pays une campagne de persécution contre une pratique paisible, et depuis cette époque, a continuellement été le moteur des escalades de la violence de cette campagne.

  • Le branle-bas de combat de l’appareil de sécurité nationale

Pour mettre en application la persécution, le 10 juin 1999, Jiang a établi le bureau 6-10, une entité illégale et au dessus de la loi directement dépendante du Politburo, avec pouvoir d’action sur le pays tout entier.

Avec une approche descendante de « à tout prix », Jiang a entraîné tout l’appareil de sécurité de la nation dans un système de corruption, d’extorsion et de torture systématique. Ceux qui se chargent de la persécution des pratiquants de Falun Gong sont, eux-mêmes, des victimes qui sont souvent forcées de choisir entre leur conscience et leur travail, entre leur sens du devoir vis-à-vis du peuple et leur vie. C’est un système qui a transformé des villes chinoises en prisons de la mort, où la police locale torture régulièrement des habitants jusqu’à la mort, comme rapporté dans la série d’articles de Ian Johnson dans le  Wall Street Journal.

  • Le prétexte

Contrairement à l’idée de Jiang que la nature paisible du Falun Gong en faisait une cible facile, Falun Gong a répondu par des appels pacifiques constants, déterminé à garder ses droits à la liberté de parole, d’assemblée et de croyance, garantis par la constitution chinoise. Ainsi, la campagne de Jiang pour écraser le Falun Gong en trois mois a échoué, et la campagne en est maintenant à sa quatrième année, avec toujours plus de critiques de la part de la communauté internationale. Recherchant de bonnes relations internationales pour se créer une base stable en Chine, Jiang s’est donné beaucoup de peines pour suffoquer ces critiques, mettant la question du Falun Gong au premier rang de son ordre du jour des relations avec les autres nations. Pousser les autres nations à fermer les yeux sur la situation du Falun Gong en Chine, et en même temps étouffer les soutiens à cette pratique hors de Chine, est devenu un point central de chaque voyage fait par Jiang hors de Chine depuis 1999.

1. Qui est Jiang Zemin ?

Dirigeant du parti communiste chinois, de l’armée chinoise, et du gouvernement chinois dans une nation de plus de 1,3 milliards de personnes, Jiang Zemin est peut-être un des dirigeants les plus puissants du monde. Cependant, la plupart des gens savent très peu à son sujet, et ignorent tout de son accession au pouvoir et de ses méthodes comme chef du régime communiste chinois.

On peut dire que Jiang est le plus grand bénéficiaire du massacre d’étudiants sur la place Tiananmen en juin 1989. C’est après le massacre que le secrétaire général Zhao Ziyang a été évincé et Jiang nommé au poste suprême.

  • De personnel technique jusqu’à maire de Shanghaï

Pendant les quatre premières décennies du parti communiste chinois, Jiang Zemin est monté de façon constante, commençant comme un modeste membre d’une équipe technique. Ceux qui ont connu Jiang à ses débuts disent qu’il n’avait pas vraiment une philosophie ou une idéologie directrice comme ont eu Mao Zedong et Deng Xiaoping. Mais il a par contre eu un flair certain pour se positionner du côté avantagé lors des tumultueuses campagnes politiques qui ont fait le quotidien du parti communiste pendant plusieurs décennies.
Pendant la révolution culturelle en Chine, la plupart des fonctionnaires qui se tenaient aux valeurs traditionnelles ont été démis de leur poste. Jiang est parvenu à en échapper sans dommages, a continué à grimper les échelons et, dans les années 1980, est devenu maire de Shanghaï, la plus grande ville de Chine.

  • Jiang Zemin et  le massacre des étudiants en 1989

En 1989, après une décennie de réforme économique et d’ouverture, beaucoup en Chine commençaient à apprécier les idéaux occidentaux de liberté et de démocratie. Un journal de Shanghaï, le World Economic Daily, était devenu très populaire pour sa bonne volonté à publier des textes considérés comme trop sujet de controverse pour les colonnes de la plupart des journaux gérés par l’Etat. Au printemps de 1989, Jiang avait publiquement exprimé son appui au journal et indiqué au rédacteur, Qin Benli, que le comité municipal de Shanghaï travaillerait à faire réduire les pressions sur le World Economic Daily. Un mois plus tard, le World Economic Daily  organisait un service commémoratif pour un membre décédé du Parti qui avait recherché la réforme politique. Ce rassemblement avait rassemblé beaucoup d’étudiants. Des dirigeants chinois comme Deng Xiaoping, bien que non opposés à l’idée de réforme économique, avaient toujours cru en la puissance absolue du Parti. Le 26 Avril, donc, la première page du Quotidien du Peuple géré par l’Etat appelait le rassemblement d’étudiants une insurrection.

Jiang agit rapidement.
Presque immédiatement, il organisa une réunion avec des milliers de fonctionnaires du gouvernement. Il y annonça que Qin Benli serait renvoyé de son poste et que le World Economic Daily serait arrêté. La décision déclencha de grandes protestations mais impressionna les têtes dures du Parti communiste dans Beijing. Moins de deux semaines plus tard, des centaines d’étudiants étaient massacrés place Tiananmen. Zhao Ziyang, qui avait semblé sympathique aux étudiants, fut évincé de son poste de secrétaire général et Jiang fut mis à sa place.

  • Jiang consolide sa puissance : promotions, dessous de table et corruption

Bien que Jiang Zemin ait pris le poste de secrétaire général à la suite du massacre  de Tiananmen en 1989, l’ancien chef chinois Deng Xiaoping, qui avait nommé Jiang, continuait à tenir les rênes du pouvoir. Quand Deng Xiaoping décéda en 1997, cependant, Jiang Zemin se trouva non seulement à la tête du parti communiste chinois, mais devint président; et se plaça ainsi au somment de l’échelle politique. Mais à la différence de Mao Zedong, qui avait fondé la République Populaire de Chine, ou de Deng Xiaoping qui avait mené la Chine à la prospérité et à la force, Jiang Zemin était largement considéré comme quelqu’un qui avait peu accompli en tant que chef de la nation. Jiang savait que sa position était peu stable et il a immédiatement pris des mesures pour consolider sa puissance. Les chinois, après avoir supporté pendant 30 ans la pauvreté et l’isolement dans le monde sous Mao, et après avoir apprécié un goût de réforme économique et d’amélioration des conditions de vie sous Deng, craignaient de redevenir pauvres. Jiang Zemin a tiré profit de cette crainte.

Si Jiang ne pouvait pas gagner le respect de l’élite du Parti, il pouvait par contre modeler cette élite, la rendre dépendante de lui pour la richesse et les privilèges. Le 24 Octobre 1997, six mois après la mort de Deng, Jiang Zemin avait déjà nommé 152 nouveaux généraux alors que dans les 10 années précédentes, Deng Xiaoping en avait seulement nommé 16. Jiang a également permis à certains groupes de personnes favorisées tels que les vétérans du Parti, de l’armée, les fonctionnaires des gouvernements locaux, les intellectuels, et quelques hommes d’affaires de gagner de grands avantages matériels grâce à leurs connections avec l’Etat. Cette indulgence délibérée pour la corruption a engendré le chaos dans les systèmes économiques et sociaux et sérieusement érodé la moralité de la classe régnante.

Les éditoriaux des médias gérés par l’Etat ont élevé la campagne d’auto-promotion de Jiang à un niveau de vertu nationale, « Nous devons toujours nous rassembler autour du Président Jiang, et adopter ses points de vues. » La récente campagne qui pousse les chinois à « apprendre les Trois Représentations de Jiang profondément et les appliquer partout » est une autre variante de ce même thème.

Ceux qui ne désiraient pas adopter l’idée que le bien-être de Jiang devait être le principe central de la politique chinoise ont fait face aux conséquences. Le magazine Zheng Ming de Hong Kong a signalé que 157 généraux vétérans avaient été forcés à une retraite anticipée en 2001 parce qu’ils n’étaient pas enthousiastes face à cette campagne d’auto-promotion de Jiang. 50 de ces généraux ont été forcés de quitter complètement l’armée.

2. Les raisons de la persécution du Falun Gong

« Au départ, beaucoup d’observateurs de la Chine ont cru le nombre de personnes pratiquant le Falun Gong – 70 à 100 millions d’après la propre évaluation du gouvernement chinois en 1998 – était considérée comme une menace par le chef du Parti Communiste, Jiang Zemin. Au cours des trois dernières années, cependant, beaucoup d’informations ont pu suggérer que cette hantise de Jiang à ‘éradiquer’ Le Falun Gong est plus profondément enracinée dans les craintes et les ambitions personnelles de Jiang lui-même. Pour Jiang, c’est un croisade personnelle, sur laquelle il a mis en jeu toute sa carrière politique. »
— Dr. Yingnian Wu, UCLA

  • 70 à 100 Millions de personnes. Une inquiétude croissante ?

Enracinée dans la culture chinoise traditionnelle, et  ayant des effets  significatifs sur la santé, la pratique de Falun Dafa s’est épanouie en Chine après son introduction publique en 1992. Entre 1995 et 1999, la pratique s’est développée à exponentiellement. Une enquête réalisée en 1998 par le gouvernement chinois avait déterminé que 70 millions de personnes pratiquaient Falun Dafa. [6]

Dans la société communiste chinoise étroitement contrôlée, on ne permet à aucun groupe d’être indépendant de l’autorisation et du contrôle du gouvernement, et c’est encore plus vrai pour un groupe si énorme. Beaucoup d’observateurs de la Chine ont cru que seule la taille du Falun Gong avait mis des fonctionnaires chinois sur leurs gardes. Mais le gouvernement n’a en fait pas essayé de briser le Falun Gong par suite d’une réflexion. Il avait par deux fois étudié le Falun Gong à fond. Selon des sources informées, les résultats de la deuxième recherche ajoutaient à leur conclusion que le Falun Gong est bon pour la santé, de nature inoffensive et non menaçant vis-à-vis du gouvernement. Donc, même si la croissance explosive du Falun Gong dans tout le pays a réellement fait réfléchir les fonctionnaires concernés, ce facteur seul n’a pas pu être le catalyseur de la persécution qui a commencé en juillet 1999.

  • Le cercle de corruption autour de Jiang a créé des ennuis croissants à la Chine

En 1998, des fonctionnaires chinois estimaient que 10% du produit national brut était détourné par les fonctionnaires corrompus du gouvernement. On rapporte que le premier ministre Zhu Rongji a une fois dit lors d’une réunion du gouvernement, « chaque année 80% du capital des entreprises gérées par l’armée est détourné par les cadres militaires des plus hauts rangs. »

Alors que la richesse sociale et économique du pays revenait à quelques favorisés, les gens du peuple souffraient des pertes croissantes. Selon le livre La Chine par le fleuve jaune, durant les cinq premières années de la présidence de Jiang Zemin, la Chine est arrivée à son plus haut taux de chômage, à la plus grande échelle de dommages écologiques, et au plus grand accroissement du fossé entre riches et pauvres. Les chiffres de la petite criminalité sont les plus hauts du monde. Le taux de meurtres dans les villes chinoises est le 5ème du monde. La contrebande de drogue est en 3ème position, et le jeu illégal en 1ère position.

Avec cette explosion de la corruption et des problèmes internes en Chine, beaucoup ont commencé à blâmer l’action de Jiang Zemin.

  • Jiang considère le Falun Gong comme une menace sous deux aspects

Avec une histoire de 5000 ans, la civilisation et la culture chinoises sont indiscutablement les plus vieilles du monde. Depuis que le parti communiste a pris le pouvoir en 1949, les différents mouvements politiques ont voulu supprimer cette culture traditionnelle et ont pour cela dévasté le pays. Ces campagnes politiques voulaient briser tous les liens avec les traditions de la Chine, pour ne laisser que l’idéologie communiste dans le cœur et l’esprit du peuple. La  désastreuse Révolution culturelle du Président Mao vers la fin des années 60 et le début des années 1970 a été l’expression la plus extrême de cette tendance. Des temples et les monastères ont été détruits. De grands professeurs du passé, tels que Confucius et Lao Zi, ont été condamnés et ridiculisés. Les savants et les historiens ont été persécutés.

Dans toute l’histoire de Chine, l’art du qigong (parfois appelé yoga chinois), a été une pièce maîtresse de la culture orale et écrite. En tant que forme avancée de qigong, Falun Gong est ancré dans cette riche tradition, et porte en lui la sagesse et l’esprit de la Chine antique. Ainsi, avec l’accroissement de la popularité du Falun Gong dans les années 1990, la Chine n’était pas simplement témoin du développement d’une pratique de qigong, mais de la réapparition de la culture chinoise traditionnelle.

À la différence de la grande majorité des pratiques de qigong qui ont émergé au début des années 70, le Falun Gong dépasse en effet la seule recherche de santé physique – son but est la sagesse et le retour à la nature altruiste innée. Au cœur de la pratique sont trois principes: vérité, compassion, et patience. Pratiquer le Falun Gong ne signifie pas simplement faire des exercices et de la méditation. Cela implique de prendre vraiment les principes à cœur, de tâcher de s’améliorer en appliquant ces principes dans chaque chose.

Alors que cette pratique s’épanouissait dans tout le pays, le peuple chinois pouvait voir la façon dont les gens qui pratiquent le Falun Gong traitent les difficultés avec calme, cherchant le bien des autres dans toutes les situations.

Dans les principes du Falun Gong et le fait que les gens en étaient profondément touchés, Jiang a lui vu une menace à son pouvoir. Il a pu voir que ceux qui pratiquent le Falun Gong étaient un groupe de personnes qu’il ne pourrait pas contrôler par la corruption et en leur donnant des avantages.

Et Jiang a aussi vu que l’opposition de longue date du Parti à la culture chinoise traditionnelle était quelque chose qu’il pourrait utiliser.

  • Le 25 avril 1999, « L’incident de Zhongnanhai »

Un événement très remarqué, parce que sans précédent dans le Pékin d’après les massacres de la place Tiananmen en 1989, a été le rassemblement de 10.000 pratiquants de Falun Gong autour du bâtiment du gouvernement central dans la capitale, le 25 avril 1999. Il a été considéré par beaucoup comme le principal tournant dans la position de Jiang sur le Falun Gong. En effet, les événements du 25 avril se sont avérés être effectivement un point charnière dans la façon dont Jiang a conduit la persécution du Falun Gong. Mais, depuis juin 1996 quand des attaques écrites avaient commencé à apparaître dans des journaux gérés par l’Etat, jusqu’à avril 1999 quand la police avait utilisé la violence dans la ville de Tianjin, les préparations à la persécution du Falun Gong se faisaient depuis près de trois ans.

L’incident de Zhongnanhai a fourni à Jiang une occasion de déclencher une persécution systématique et d’envergure nationale – pourtant, si on en juge par les premières attaques en 1996, Jiang avait décidé depuis longtemps d’éradiquer cette pratique spirituelle.

  • Viser le Falun Gong pour « tuer deux oiseaux avec une pierre »

En juillet 1999, avec l’excuse de l’incident de Zhongnanhai, Jiang a initié un mouvement de style maoïste contre le Falun Gong. [7]

En cherchant à éradiquer le Falun Gong, Jiang a espéré éliminer ce qu’il voyait comme une menace, et dans le même temps détourner la colère du peuple en créant un « ennemi public » et une « menace pour la société ». En promouvant cette campagne politique et en la dirigeant, Jiang a pu se présenter comme  un « défenseur de la nation ». Si le peuple se rassemblait derrière Jiang, même ses rivaux dans le Parti seraient forcés de s’aligner à sa position. Ainsi, Jiang a cherché à tuer deux oiseaux avec une pierre, réprimant un groupe qu’il percevait comme une menace, et consolidant de cette manière sa puissance politique.

3. Le bureau  6-10 et le mépris des lois chinoises

« [ la persécution du Falun Gong ] viole la constitution du régime de la République populaire de Chine [… ] Jiang Zemin a créé des bureaux ‘610 ‘ dans l’ensemble de la République populaire de Chine avec pour tâche spéciale de coordonner la persécution des membres de Falun Gong par des lavages de cerveau, des tortures, et des meurtres [… ] des mesures officielles ont été prises pour cacher toutes ces atrocités, tels que l’incinération immédiate des victimes, le blocage des autopsies, et l’attribution des décès à des suicides ou à des causes normales. »
Résolution 188, passée unanimement par 420 voix contre aucune le 24 juillet 2002, Parlement américain

La persécution du Falun Gong par Jiang Zemin a eu pour conséquence la naissance d’un bureau spécial, extra-constitutionnel et extrajudiciaire, qui ne souffre d’aucune contrainte dans l’application des ordres –  le bureau 6-10.

Le 7 juin 1999, environ un mois avant que la persécution du  Falun Gong  ne commence, Jiang Zemin a donné un discours lors de la réunion du Politburo du Parti communiste, dans lequel il a présenté sa politique d’oppression contre le Falun Gong. Lors de cette réunion, il a ordonné d’établir ce qu’il a appelé un « groupe directeur spécialisé dans la question du  Falun Gong », et a nommé trois chefs pour ce groupe, dont Li Lanqing et la tête du Comité judiciaire et politique, Luo Gan. Le 10 juin 1999, toujours sous les ordres directs de Jiang Zemin, le Comité Central  du Parti  communiste Chinois a officiellement instauré un bureau qu’il a nommé « le Bureau 6-10 ».

Lors la réunion du 7 juin, Jiang a ajouté : « Les unités du Comité central et du gouvernement dans tous les ministères et commissions, dans toutes les provinces, régions autonomes, et municipalités doivent agir en coordination étroite » avec le « bureau 6-10 ». Le « bureau 6-10 » est devenu un système bien organisé, indépendant, qui s’étend du gouvernement central aux gouvernements locaux, et jouit d’une puissance absolue sur chaque niveau de l’administration dans le Parti, et sur les branches politiques et judiciaires. C’est la plus haute autorité déployée par Jiang Zemin et ses complices pour persécuter le Falun Gong.

Le bureau 6-10 a été utilisé par Jiang sans aucune base légale. C’est en juillet 1999 que Jiang Zemin, par le bureau des affaires civiles (une branche administrative), a déclaré que le Falun Gong était une organisation illégale. Or, selon les articles 2, 80, et 81 de la constitution de la République Populaire de Chine, seul le congrès national du Peuple a la capacité de déclarer une organisation illégale. Le président ne possède pas une telle puissance. Pourtant, cet ordre a été le point de départ de la répression du Falun Gong.

En octobre 1999, le congrès national du peuple a adopté une série de lois au sujet des sectes. Concernant ces lois, un  article du Washington Post le 2 novembre 1999 indiquait : « Quand [les chefs communistes de la Chine] ont vu qu’ils n’avaient pas de lois pour persécuter un paisible groupe de méditation, le Parti a simplement ordonné qu’on passe de nouvelles lois. Maintenant celles-ci vont être appliquées. Rétroactivement. » Ces lois ont encore une fois été dictées par Jiang Zemin, qui a utilisé le congrès national du peuple comme simple fantoche. Ceci dépasse de très loin l’autorité accordée au président par la constitution chinoise. L’application rétroactive de ces lois pour poursuivre les pratiquants de Falun Gong et pour les condamner à la prison était également totalement illégal.

Ces trois dernières années, le « bureau 6-10 » a orchestré la persécution du Falun Gong et de ses pratiquants. Il a contraint chaque branche politique et judiciaire et tous les niveaux de gouvernement de mettre en application des ordres secrets émis par Jiang Zemin : « discréditez le Falun Gong, coupez toutes ses ressources financières, détruisez physiquement les pratiquants de Falun Gong. »

Les camps de travail, les centres de détention sous administration civile locale et le bureau de sécurité publique, les maisons de détention administrative, les centres de réadaptation pour drogués, les centres de rééducation pour prostituées sont devenus des outils pour le bureau 6-10 pour détenir, torturer et tuer les pratiquants de Falun Gong.

Le « bureau 610 » est l’orchestrateur de centaines de milliers de cas de diffamation, d’extorsion, d’expulsion (de l’école ou du travail), des coups, des tortures (médiévales et modernes), des viols, des mutilations, des sodomies, des avortements obligatoires, des électrocutions, des détentions arbitraires, des abus sexuels et psychiatrique, des disparition, et des meurtres de pratiquants de Falun Gong.

En date du 22 octobre 2002, plus de 500 pratiquants ont été illégalement condamnés à des peines de prison. Des milliers ont été envoyés dans des hôpitaux psychiatriques. Des centaines de milliers ont été arrêtés, détenus ou envoyés dans des camps de travail sans aucune procédure légale. Les pratiquants de Falun Gong sont de force séparés de leurs conjoints et enfants, et leurs amis et parents sont également punis.

4. Mobilisation de l’appareil de sécurité chinois

« Sous une pression intense pour refouler le flux des protestataires se dirigeant vers Beijing, les fonctionnaires de Weifang ont envoyé des unités de police à Beijing, ont tenu leur propre prison là-bas et ont envoyé les détenus dans des « centres de transformation » dans leur province d’origine. Ils y ont été battus jusqu’à ce qu’ils aient renoncé à leur foi, ou sont morts. La férocité de la police de ces centres n’a fait qu’augmenter après que les fonctionnaires de plus haut niveau aient commencé à imposer des amendes à leurs subalternes. »
Wall Street Journal, 26 décembre 2000

Son nom ne peut pas être révélé car cela lui vaudrait l’emprisonnement et la torture aux mains de ses camarades policiers – son rang et son matricule ne sont pas non plus disponibles, mais son histoire est corroborée par un article écrit en décembre 2000 par Ian Johnson, du Wall Street Journal. Il révèle un système choquant de corruption et d’extorsion parmi les officiers de police et le personnel de sécurité dans Beijing, qui leur offre des avantages financiers quand ils torturent les pratiquants de Falun Gong détenus dans la capitale.

Depuis 1999, les principales organisations de défense des droits de l’homme ont mis en évidence de très nombreux cas de torture et de meurtres de pratiquants de Falun Gong, dans pratiquement chaque région de Chine. Ce qui est moins bien compris, cependant, est la façon dont Jiang Zemin a pu inciter la police et les forces de sécurité dans tout le pays à un tel effort.

  • La pression « du dessus » donne carte blanche pour empêcher les appels publics du Falun Gong

Pour mettre en application la persécution, depuis les plus hauts échelons du gouvernement jusqu’aux plus bas, Jiang et ses partisans ont exercé des pressions pour obtenir l’appui des policiers et des fonctionnaires à chaque niveau. En conséquence, beaucoup de fonctionnaires se conforment aux ordres pour éviter d’être persécutés eux-mêmes, ce qui pourrait signifier perdre leur emploi, être harcelés ou même jetés dans un camp de travail.
Depuis que Jiang Zemin a fait de la persécution des pratiquants de Falun Gong sa première priorité en 1999, le gouvernement central a tenu chaque région directement responsable de la répression des appels publics pour le Falun Gong provenant de leurs provinces respectives. Selon l’officier Zhao, si un seuil indiqué est dépassé, les fonctionnaires locaux seront critiqués par leurs supérieurs et forcés d’écrire des rapports « d’auto-critique », et feront face souvent à des pénalités financières ou à d’autres punitions.

Les fonctionnaires locaux, à leur tour, appliquent la même méthode pour repousser la responsabilité vers le bas jusqu’aux villes, et finalement jusqu’aux commissariats de police, aux chefs de police et aux policiers qui administrent les tortures. Selon l’officier Zhao, ce système de répression locale, connu sous le nom de « projet de première main, » est habituellement dirigé par le Président du Comité politique et juridique dans chaque localité.
Dans son article du 12 décembre 2000, Ian Johnson du Wall Street Journal déclarait que ce système « met une pression énorme sur les fonctionnaires locaux pour qu’ils se conforment aux directives centrales – mais leur laisse le libre choix des méthodes mises en pratique », ce qui signifie souvent la torture. Ian Johnson rapportait que, à Weifang comme dans beaucoup d’autres villes, cette politique menait à « des décisions tragiques », et que la cruauté de la police « n’avait fait qu’augmenter après que les fonctionnaires de plus haut niveau aient commencé à imposer des amendes à leurs subalternes pour chaque protestataire qui était arrivé dans la capitale. »

  • La corruption pour éviter les punitions « d’en haut »

Quand un pratiquant est arrêté à Beijing, le premier travail pour la police de Beijing est de savoir de quelle région la personne vient. Les policiers doivent alors faire leur rapport au « bureau 610 » et indiquer combien de pratiquants ont été arrêtés pour chaque région.

L’officier Zhao indique « Pour que les appels des pratiquants ne soient pas enregistrés, afin de ne pas ternir l’image des fonctionnaires locaux responsables de la répression du Falun Gong, dans le commissariat de police de Tiananmen qui persécute des pratiquants de Falun Gong, des policiers de patrouille au chef de département, tous sont la cible de la corruption par les gouvernements régionaux ou locaux. Les prix pour obtenir la fiche faite par la police sur un pratiquant est entre  200 et 500 RMB, ou même plus haut. » Selon l’officier Zhao, peut-être seulement un cas sur dix des pratiquants arrêtés place Tiananmen est rapporté. Ceci peut expliquer les nombreux cas de personnes disparues, et aussi la différence entre les paroles des marchands de la place Tiananmen qui disent que les appels publics pour le Falun Gong sont quotidiens, et celles des policiers qui affirment qu’ils sont rares.

Selon le policier, le commissariat de police de Tiananmen n’est pas le seul à recevoir de telles « bonifications ». Les divers départements dans Beijing qui compilent les noms de pratiquants de Falun Gong tels que le bureau de sécurité publique, le bureau de sécurité nationale, les bureaux des branches ferroviaires, les bureaux d’appels, différents centres de détention, et le « bureau 610 » lui-même y participent.

  • La torture pour l’argent

Persécuter des pratiquants de Falun Gong est devenu une source de revenus tout à fait profitable pour beaucoup de départements. Pour recevoir les dessous de table, les policier doivent rapidement obtenir les adresses de ceux qui ont fait appel dans Beijing. Pour obtenir cette information, les policiers essaient de duper les pratiquants ou bien les battent. Si aucune de ces méthodes ne fonctionne, ils envoient les pratiquants dans des centres de détention pour davantage de torture afin d’obtenir l’information.

L’occasion de recevoir des dessous de table, combinée avec la menace de punition s’ils ne peuvent obtenir les adresses des pratiquants a eu comme conséquence l’application systématique et impitoyable de la torture. Pour le dire simplement, certains policiers ne reculent devant aucun moyen d’obtenir l’information désirée, non pas parce qu’ils sont d’accord avec la politique du gouvernement, mais pour gagner quelques Yuan.

L’officier Zhao conclut: « la persécution des pratiquants de Falun Gong est devenue une manière efficace pour les départements concernés dans Beijing de faire de l’argent. C’est pourquoi ils font de leur mieux pour découvrir l’identité des pratiquants. » La police dans le commissariat de police de Fuyou a révélé que leur équipement de bureau et les climatiseurs ont été obtenus grâce aux dessous de table d’une province.

  • Perte de soutien

Cependant, car plus de policiers connaissent maintenant le Falun Gong, beaucoup sont peu disposés à aller dans le sens de la corruption et de la persécution. Scott Chinn de New York témoigne que, quand il était détenu à Beijing après avoir fait appel pour le Falun Gong, un policier lui a montré un message qu’il avait inscrit sur l’écran de son téléphone portable ; il a lu: « je sais que le Falun Gong est bon. Je suis terriblement désolé. » Une pratiquante de Falun Gong de Toronto, qui appelle souvent les commissariats de police chinois, a partagé une conversation qu’elle a eue avec le directeur en chef d’un département de police: « à la fin de notre discussion il m’a dit sincèrement qu’il ne torturerait plus des pratiquants de Falun Gong ».

En effet, beaucoup de policiers, comme celui qui a fourni les informations au sujet de « la torture pour l’argent », ont décidé de ne pas persécuter des pratiquants de Falun Gong. La persécution de Jiang a ainsi mis ces policiers et fonctionnaires dans une position dans laquelle ils doivent choisir entre le bénéfice et l’absence de punition d’une part, et leurs principes moraux de l’autre. Et dans cette situation, on peut dire qu’eux aussi sont victimes de cette persécution.

5. La question du Falun Gong dans l’agenda de politique étrangère

« Depuis que Jiang Zemin est venu au pouvoir après le massacre de la place Tiananmen, le point focal des relations étrangères de la Chine, y compris dans une certaine mesure les relations économiques avec l’Ouest, a été les droits de l’homme. Depuis que la persécution de Falun Gong a commencé en juillet 1999, le Falun Gong est devenu la question la plus proéminente sur les droits de l’homme en Chine. Les efforts de Jiang pour faire taire les critiques quant à sa façon de traiter le Falun Gong et d’empêcher le soutien à cette pratique dans d’autres pays occupe une grande place dans son agenda de politique étrangère. En fait, ce sujet domine son agenda sous de nombreux aspects. »
–  Dr. Shiyu Zhou, professeur à l’université de Rutgers

John Kamm est un ancien président de chambre de la commerce des USA à Hong Kong. En 1991, Kamm a abandonné le monde des affaires et a fondé Dui Hua, « dialogue », une organisation à but non lucratif basée à San Francisco qui travaille pour la libération des personnes illégalement emprisonnées en Chine. D’après le New York Times, aucune autre personne ou organisation dans le monde, y compris le département d’Etat [des États-Unis], n’a aidé plus de prisonniers chinois. [8]

Pendant un entretien avec des étudiants en droit de l’Université de New-York à l’automne 2000 concernant son succès dans les pourparlers avec les fonctionnaires chinois pour la libération de prisonniers, Kamm a indiqué trois choses que le régime chinois voulait absolument:

1. L’entrée dans le WTO (World Trade Organisation – Organisation mondiale du commerce)
2. Les Jeux Olympiques de 2008
3. Cesser d’être critiquée sur les droits de l’homme, en particulier par les États-Unis et l’ONU.

La Chine a gagné les Jeux Olympiques et l’entrée dans le WTO. Ne plus être critiquée sur les violations de droits de l’homme, cependant, reste un objectif difficile. Les droits de l’homme en Chine se sont nettement dégradés ces dernières années. [9]

Pour Jiang Zemin, étouffer les critiques sur les droits de l’homme demeure une grande priorité dans ses relations et ses négociations avec la communauté internationale. Pour comprendre les manœuvres de Jiang sur la scène internationale, il est nécessaire de comprendre d’abord la façon dont Jiang traite la question du Falun Gong dans ses relations avec d’autres nations.

  • Consolider sa puissance à l’intérieur en polissant son image à l’étranger

Pendant le 16ème congrès du Parti cette année, il est prévu que Jiang Zemin abandonne son poste de dirigeant, pour laisser la place à la 4ème génération de dirigeants chinois.

Tout comme Deng Xiaoping avant lui, cependant, Jiang ne fait aucun secret de sa volonté de garder les rênes du pouvoir en coulisses. Pour faire ainsi, il a besoin d’une base consolidée de puissance politique en Chine. Sous la présidence de Jiang, cependant, les droits de l’homme ont nettement empiré. Le 30 Mai  2001, Amnesty International a attribué à Jiang Zemin et 4 autres dirigeants le titre de « canaille dans le domaine des droits de l’homme ». En 2001, le Comité pour la protection des journalistes a aussi considéré Jiang un des dix principaux « ennemis de la presse » pour la cinquième année d’affilée. Pour soutenir son image à l’étranger, Jiang a recours aux mêmes méthodes et tactiques qu’il a éprouvées en Chine – inonder les défenseurs potentiels d’avantages financiers (le dernier exemple est l’annulation de la dette du Cambodge après que celui-ci ait livré plusieurs réfugiés protégés par l’ONU à la Chine – dont des pratiquants de Falun Gong), tout en utilisant des moyens autoritaires pour suffoquer les voix dissidentes. Jiang a accordé des faveurs financières et politiques aux pays qui ont voulu accepter des compromissions.

La raison fondamentale pour laquelle les médias et les gouvernements du monde n’ont pas été plus expressifs au sujet de la plus grande crise de droits de l’homme en Chine depuis la place Tiananmen est que Jiang Zemin utilise tous les actifs financiers à sa disposition pour garder la question du Falun Gong et des droits de l’homme sous clef. Voici quelques illustrations.

  • L’ancien Président Américain Bill Clinton

Lors d’un sommet avec le Président Bill Clinton pendant le sommet de l’APEC en Nouvelle-Zélande, en 1999, Jiang Zemin a fait clairement savoir son souci que les Etats-Unis montrent une attitude « correcte » sur la question du Falun Gong. Parmi la gamme des questions importantes discutées, seule la question de Falun Gong a été directement abordée par Jiang Zemin, qui a d’ailleurs offert un livre à ce sujet au Président Clinton. Associated Press rapportait: « La Chine et les Etats-Unis ont cherché à renouer les liens récemment endommagés, et le Président Jiang Zemin a donné au Président Clinton un cadeau peu commun: un livre défendant l’interdiction par la Chine du mouvement populaire de méditation [ Falun Gong ]. Pendant leur sommet samedi, Jiang a remis à Clinton un livre prétendant exposer les crimes commis par Li Hongzhi, fondateur du Falun Gong… le livre de 150 pages en anglais est une implacable propagande des médias entièrement gérés par l’Etat de la Chine. »

L’article précisait que « Loin d’être un exercice académique, le cadeau de Jiang semble prévu pour se diriger vers un nouveau conflit sur les droits de l’Homme. » [10]

  • Allemagne

Le chef du Parti communiste chinois, Jiang Zemin, a visité Allemagne début avril 2002. Parmi les manifestants lors de sa visite étaient des pratiquants du Falun Gong, dont la présence a été rapporté par l’agence de presse allemande Deutsche Welle: « Quelques 400 membres de Falun Gong, tous avec des intentions apparemment paisibles, sont venus à Berlin et ont organisé des protestations silencieuses aux endroits visités par Jiang. La plupart assis avec les jambes croisées sur les trottoirs, méditant, alors que d’autres tenaient des banderoles s’opposant à la politique de Beijing. » [11]

Malgré la nature paisible de la présence de Falun Gong cependant, le deuxième jour de sa visite, Jiang a fait une série bizarre de demandes, menaçant de quitter l’Allemagne si elles n’étaient pas satisfaites, laissant les contacts importants entre constructeurs automobiles des deux pays en suspens aussi bien que d’autres affaires importantes non finies. Les demandes de Jiang incluaient:

1. Expulsions d’Hôtel: Tous les asiatiques demeurant à l’hôtel de Jiang, l’Aldon, pendant sa visite ont été de force expulsés, y compris des citoyens des Etats-Unis, de l’Allemagne, du Canada, et d’autres pays. Les employés asiatiques de l’hôtel ont été également mis en congé pendant la visite de Jiang.

2. Interdiction de la couleur jaune: Les pratiquants du Falun Gong emploient généralement la couleur jaune sur les T-shirts et les bannières utilisés pendant leurs paisibles appels publics. Jiang a ordonné que toute personne habillée en jaune soient écartée de sa vue. Des citoyens allemands se sont plaints d’avoir été arrêtés et interrogés par la police en raison de leur habillement.

3. Emploi de la force: Les pratiquants de Falun Gong qui sont parvenus à montrer un signe distinctif ou à dire « le Falun Dafa est bon » sur le passage de l’escorte de Jiang ont été violemment appréhendés par les agents de sécurité chinois et par la police allemande, guidée par la délégation chinoise.

  • Islande

Encore une fois sous la pression de Jiang Zemin de ne permettre aucune présence du Falun Gong dans le pays pendant sa visite, la démocratie la plus ancienne du monde, l’Islande, a pour la première fois de son histoire probablement recouru à un centre de détention pour retenir des gens en raison de leur croyance.

Le 7 Juin 2002, l’ambassade du Danemark à Washington DC a commencé à informer les demandeurs de visa pour Islande qu’on ne pourrait pas les leur accorder parce que le siège des services d’immigration islandais avait donné l’ordre de barrer le passage à toute personne détentrice d’un passeport chinois ou taïwanais jusqu’au 18 juin.

Le 10 Juin, Associated Press signalait qu’une école avait été réquisitionnée pour servir de centre de détention pour les pratiquants de Falun Gong arrivant en Islande au moment de la visite du Président Jiang. D’après les appels téléphoniques des pratiquants de Falun Gong cherchant à entrer en Islande, 20 porteurs de passeports taiwanais ont été arrêtés à la frontière islandaise le lundi 10 juin et ont été mis dans une école aménagée en centre de détention. Des citoyens canadiens et américains arrivés à l’aéroport de Reykjavik le 10 juin ont appelé depuis leur téléphone portable pour dire qu’ils avaient été arrêtés et étaient emmenés en autobus jusqu’au centre de détention.

Le 14 Juin  2002, des dizaines de personnes du monde entier ont eu la surprise de constater que leurs plans de voyage vers l’Islande pour participer à un appel pacifique avaient été bloqués par le régime communiste chinois. Arrivant à la porte d’embarquement des vols d’IcelandAir dans différentes villes en Europe et en Amérique du Nord, beaucoup ont appris que leur nom était sur une liste noire parce qu’ils pratiquent le Falun Gong. Selon un rapport du 8 juin dans un journal Islandais, cette liste qui n’a pas été rendue publique a été compilée par le gouvernement chinois et fournie aux fonctionnaires islandais longtemps avant que le Président Jiang Zemin n’arrive. La liste identifie des ressortissants chinois aussi bien que des citoyens de plusieurs pays démocratiques occidentaux.

Conclusion

Au printemps 1998, le fleuve Yangtze avait débordé et menaçait d’inonder la région. Jiang Zemin visitait la ville de Wuhan pour observer les secteurs mis en danger. Un groupe travaillant aux digues a attiré son attention. Ils travaillaient avec ardeur et avec grand enthousiasme. La partie de la digue dont ils s’occupaient était épargnée par l’inondation. Jiang était très content. Il demanda qui étaient ces ouvriers. Quand on lui a dit qu’ils étaient des pratiquants de Falun Gong locaux qui avaient offert leur aide, il partit dans une fureur, tourna les talons et s’en alla.

Ce rapport a cherché à illustrer deux motifs pour la persécution du Falun Gong par Jiang Zemin: l’ambition et la crainte. Comme illustré par l’histoire de fleuve Yangtze, il y a un troisième composant qui a alimenté son opposition au Falun Gong : la jalousie.
Jiang est dans l’histoire de la Chine communiste le troisième des grands dirigeants, mais il est conscient que son prestige auprès du peuple ne peut approcher celui qu’ont eu Mao et Deng. Malgré leurs failles, ils étaient perçus par le peuple comme des hommes de principe, des visionnaires qui avaient inspiré la nation.

Jiang a réussi à dans la politique torturée du Parti communiste chinois précisément parce qu’il ne s’est embarrassé d’aucun principe particulier. Il a appris à profiter des occasions, à choisir le côté des gagnants, et à se protéger. Mais, si l’opportunisme pouvait être une stratégie de survie, il fallait plus pour satisfaire les ambitions toujours croissantes de Jiang.

Ainsi, Jiang a régné sur la Chine de la même manière et dans le même esprit que ce qui a fait sa progression politique. Il a corrompu des personnes influentes afin d’acheter leur fidélité.
Dans le Falun Gong, Jiang a vu une croyance qui pouvait inspirer les chinois, ce que lui ne pouvait faire. Il a vu un groupe qui n’avait pas besoin des moyens que lui utilisait pour gagner de l’influence. En persécutant le Falun Gong, Jiang a cherché à consolider son pouvoir, et à détruire un groupe qu’il percevait comme une menace.

Les moyens qu’il a employés, une campagne de propagande basée sur la désinformation et le mensonge, ont pu satisfaire son désir de domination, mais pas lui fournir la stature qu’il recherchait. Il peut en fait dominer tant qu’il tient les rênes du pouvoir, mais il ne peut se reposer sur l’estime du peuple. Et cet échec le pousse plus avant dans la persécution.

Les mensonges de Jiang, et ses profits ne peuvent pas changer les faits. Il y aura toujours des gens pour servir d’inspiration à leurs compatriotes par leur conduite, des gens pour endiguer les inondations quand nécessaire, des gens pour répondre aux besoins les plus profonds.

Les observateurs de la Chine discutent depuis longtemps du problème de la corruption parmi les fonctionnaires chinois et du non-respect des lois sous le communisme. Jiang, on peut le dire, est une espèce nouvelle dans le communisme chinois – un dirigeant pour qui la corruption a été le moyen principal de garder le pouvoir.

Notes

[1] d’après le nombre de pays indiquant des sites de pratique du Falun Dafa sur le site Internet principal du Falun Dafa, http://www.falundafa.org, en août 1999.
[2] U.S. News & World Report report  “An opiate of the masses ?”; 22 février 1999
[3] Voir annexe C
[4] Voir http://www.infofalungong.net pour des statistiques mises à jour
[5]  Voir annexe D
[6] The New York Times  “Notoriety Now for Exiled Leader of Chinese Movement”; 27 avril 1999
[7]  Voir annexe F
[8] “John Kamm’s Third Way,” The New York Times; 3 mars 2002
[9] Rapport annuel Amnesty International 2001
[10] Associated Press, 12 septembre 1999
[11] Deutsche Well: “Berlin Tastes Tiananmen” avril 2002

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